INFO DU LUNDI n°14 – Du blé… et des dates

Ne juge pas chaque jour à la récolte que tu fais mais aux graines que tu sèmes

La plupart des modèles de cultures utilisent aujourd’hui des dates fixes de semis ou des règles simples calées sur des conditions climatiques historiques, ne reflétant pas la capacité d’adaptation des agriculteurs. 

L’étude lue par L’INFODULUNDI évalue donc dans quelle mesure l’ajustement dynamique des dates de semis du blé peut atténuer les pertes de rendement liées aux changements climatiques à l’échelle mondiale.

 

 

Impact factor* 8,5

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*Impact factor :  fréquence à laquelle les articles d’une revue sont cités dans d’autres recherches

L’hypothèse de base des auteurs de l’étude est que les systèmes biologiques ajustent leur comportement pour maximiser leurs performances. Dans ce contexte, c’est la date de semis optimale qui maximise le rendement du blé pour un climat donné. L’analyse des essais réalisés conduit à l’observation d’un décalage géographiquement hétérogène des dates de semis. En d’autres termes, les changements de dates optimales de semis ne sont pas uniformes à l’échelle de la planète :

  • Régions froides (hautes latitudes, nord de la Chine) : les semis sont avancés de plusieurs semaines, voire plus d’un mois dans certains cas, grâce à la réduction du risque de gel et à l’allongement de la saison de croissance potentielle.
  • Régions chaudes (zones déjà limitées par la chaleur) : les semis sont retardés, parfois de plus d’un mois sous les scénarios de réchauffement fort, pour éviter les pics de chaleur durant les stades critiques (floraison, remplissage du grain).
  • Transitions de type de blé : dans certaines zones, le réchauffement permet un passage de systèmes de blé de printemps à des systèmes de blé d’hiver, modifiant structurellement les pratiques agricoles.

A contrario (et en toute bonne logique !), si les dates de semis restent fixes alors que le climat change, le modèle projette une baisse des rendements potentiels mondiaux du blé sous tous les scénarios de réchauffement. Les mécanismes identifiés sont :

  • accélération du développement phénologique (cycles plus courts),
  • réduction de la période d’accumulation de biomasse et de remplissage des grains,
  • diminution de l’efficacité photosynthétique au-delà des températures optimales,
  • augmentation du stress hydrique.

Mais quand les dates de semis sont autorisées à s’ajuster de manière optimale, une part substantielle des pertes de rendement induites par le climat est récupérée. L’amélioration n’est pas le résultat d’un calibrage empirique, mais émerge naturellement du principe d’optimalité appliqué aux décisions de gestion.

Les bénéfices de l’adaptation ne sont cependant pas uniformément répartis. Dans les régions tempérées (Europe, Chine tempérée, États-Unis), le réchauffement combiné à l’adaptation des semis et à la fertilisation CO₂ peut créer des conditions plus favorables pour la production de blé, avec des rendements potentiels maintenus ou augmentés. Dans les régions tropicales et subtropicales (Afrique subsaharienne, parties de l’Amérique latine), les températures déjà proches ou supérieures à l’optimum pour le blé signifient que le réchauffement supplémentaire pousse les cultures vers des conditions de plus en plus stressantes. Même avec des dates de semis optimales, ces régions subissent des baisses significatives de rendement potentiel.

En conclusion, changer les dates de semis ne nécessite ni nouvelle technologie, ni investissement majeur, ni infrastructure supplémentaire. C’est une décision que les agriculteurs peuvent prendre avec les connaissances et ressources existantes. L’étude souligne toutefois que les bénéfices sont géographiquement hétérogènes, avec des gains potentiels dans les régions tempérées et des limites persistantes dans les zones tropicales et subtropicales déjà soumises à un stress thermique élevé.

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